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Se connecter à notre vrai Moi 3/4 – voir la suite de cet article

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Parait qu’il faut vivre des expériences optimales ?!

Au début des années 1990, un des pères de la psychologie positive, Professeur Mihaly Csikszentmihalyi souhaitait comprendre ce qui rendait la vie d’une ménagère agréable, ce qui faisait qu’un artiste transcende une salle de concert, ce qui permettait à un montagnard d’atteindre le sommet alors qu’il était physiquement fatigué et en train de geler. Il eut l’idée de remettre une machine à des volontaires qui devaient décrire à intervalles aléatoires ce qu’ils faisaient et comment ils se sentaient. Après analyse de plusieurs centaines de personnes dans différentes régions du monde et de différents environnements so-ciaux, il constata que chaque individu vivait des expériences dites « optimales ». Dans ces moments particuliers, les participants décrivaient des vécus similaires. Elles avaient une forte confiance en eux. La vision du but qu’ils cherchaient à atteindre était très claire. Dés que quelque chose se passait, ils en prenaient immédiatement conscience. Les décisions étaient prises rapidement et avec facilité. Lorsque la situation devenait adverse, ils persévéraient dans leurs efforts et tiraient les leçons pour se développer de manière opti-male. Ils laissaient libre cours à leur créativité et trouvaient des solutions performantes. L’at-teinte du résultat n’était pas leur préoccupation. Ils pou- vaient travailler pendant long- temps sans ressentir de la fatigue. Ils étaient motivés par l’activitMihaly-Csikszentmihalyié elle-même et éprouvaient un plaisir profond. Ils étaient dans le flux de la vie. La théorie dite du « flow » était née et allait gentiment révo-lutionner la manière de motiver des étudiants et des employés. Nous avons enfin trouvé un moyen de satisfaire l’employeur et l’employé. Le premier cherche la performance, le deu-xième cherche le bonheur. Lorsque les travailleurs sont dans le flux, ils sont très performants. C’est la solution gagnant-gagnant ! Il suffit de mettre en adéquation les compétences profondes des individus avec le niveau de complexité d’une activité. Cette mise en harmonie demande des ajustements constants tout au long de notre vie. Nous com-mençons en règle générale par acquérir de la compétence en allant sur des bancs d’écoles ou d’universités. Au bout d’un certain temps, nous nous ennuyons et souhaitons com-mencer à travailler. À ce moment-là, nous prenons un nouveau challenge qui génère de l’anxiété. Nous constatons que nos compétences acquises jusque-là sont inadaptées et cela peut même créer un certain stress. En persévérant dans notre nouvelle activité, nous allons rapidement acquérir de la compétence, ce qui fait que notre excitation et notre engagement vont augmenter. A un moment donné, nous serons parfaitement à l’aise. Nous allons vivre une période d’ex-périences optimales. Nous serons dans le flux. Puis, petit à petit, nous entrons dans une zone de confort où nous maîtrisons parfaitement les tâches. Si rien ne change, nous allons à nouveau entrer dans l’ennui. Ce qui nous incitera à recommencer le processus : prendre un nouveau challenge plus exigeant, avoir de l’angoisse, puis de l’excitation pour vivre une période de grâce, qui malheureusement va gent-iment se transformer en ennui si rien ne change. Tout au long de notre vie, nous allons être confrontés à ces étapes. Si nos enjeux deviennent trop peu stimulants, nous régresserons dans le détachement et l’indifférence. Nous cherchons alors d’autres sources d’épanouissement. Si ce n’est pas au travail, ce sera à la maison, dans des loisirs ou dans des activités servant la communauté.

Le graphique suivant sché-matise les différents états émotionnels vécus selon les rapports entre les niveaux de compétences de l’individu et les niveaux d’exigence du challenge.

niveau-de-competenceDans le monde des athlètes sportifs, il y a aussi une recher-che de performance et de bien-être. Les champions parlent d’être dans la « zone », cette condition physique qui leur permet d’être au top de leur discipline. Ils ont alors la sensation de voir les choses au ralenti. Leur consommation d’énergie est optimale. Leurs mouvements sont d’une fluidité extrême. Ils ne ressentent aucune résistance. Tous les systèmes corporels sont en cohérence entre eux. Comme pour les notes de musique qui entrent en harmonie lorsqu’elles ondulent à l’unisson, les systèmes respiratoires, nerveux, musculaires, digestifs et cardiaques vont onduler dans les mêmes fréquences et amplifier significativement leurs capacités physiques.

Pour le commun des mortels qui cherche à retrouver sa sérénité et à se ressourcer pleinement, il y a une approche qui prend de plus en plus d’importance : la méditation. Nous en reparlerons au chapitre 4. Ce qui nous intéresse ici, c’est la qualité du vécu décrit par les méditants. Un mot ressort fréquemment, celui d’être dans la « présence» ou la pleine conscience. Cette manière d’avoir l’esprit calme. Les pensées diminuent et passent sans retenir notre attention. En même temps, nous sommes connectés à tout ce qui nous entoure. Comme un chat qui dort et qui peut bondir au moindre danger. Toutes les cellules de notre corps semblent vibrer subtilement. Nous les observons en prenant conscience que ce corps n’est qu’une enveloppe, un temple pour notre vrai Moi. C’est une masse physique hypersophistiquée dans laquelle notre âme s’est matérialisée. Nous ressentons une solide confiance en nous et un bien-être profond. La paix, la joie et l’amour sont nos vraies natures. La bonté, la vérité et la beauté sont nos vertus fondamentales. Tous les êtres de notre planète deviennent des frères et sœurs d’âme. Le sourire et la gratitude s’expriment simplement. Le détachement et l’humilité deviennent aisés. La compassion et le pardon s’affirment avec sincérité. Nous saisissons les synchronicités qui s’offrent à nous en abondance et avançons doucement dans la vie.

Nous sommes tous à la recherche de ces états de bonheur, de flux, de zone et de présence. Paradoxalement, plus nous les atteignons, plus ils deviennent momentanés. Nos premières connexions avec ces états sont souvent mémorables. Comme nos premiers amours, ou les premières vraies connexions avec la nature, ou lorsque pour la première fois, quelqu’un nous fait confiance et nous donne un projet important et ambitieux. Mais avec le temps, la conscience de ces expériences diminue. C’est l’effet de l’adaptation hédonique.

Comment se fait-il qu’après un moment, la sensation de plaisir comme la douleur s’érode avec le temps ?

Sonja Lyubomirsky,  professeur en psychologie à l’Université de Californie, propose que l’adaptation se produit en suivant deux voies distinctes,.La premiere, Ie flux d’émotions positives ou négatives découlant des changements de vie va diminuer une fois que les stimulations liées à la prise de conscience d’un contraste entre un avant et un après vont moins se faire sentir. Notre niveau de bonheur va ainsi petit à petit revenir à sa valeur « normale ». C’est le cas pour ceux qui gagne à la lotterie ou qui subissent un accident grave. Pendant un certain temps, ils vont se sentir soit plus heureux, soit moins heureux. Mais après quelques mois, ils retrouvent le niveau qu’ils avaient avant l’événement.  La deuxieme voie précise que Ie flux d’évènements positifs ou négatifs liés aux changements de vie peut modifier nos attentes concernant Ie caractère positif (ou negatif) de notre vie. Au bout d’un moment,  nous allons simplement tenir pour acquises les circons­tances qui auparavant nous rendaient heureux ou nous endurcitr vis-a.-vis des conditions qui autrefois nous rendaient malheureux.

Marc-Antoine-Tschopp

Marc-Antoine Tschopp
Psychologue Positif
Formateur – Coach – Conférencier
© Avril 2017