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Rien n’est permanent, même pas le bonheur !

La majorité des jeunes enfants sourient lorsqu’ils voient un visage souriant. Ils s’amusent avec n’importe quel objet qu’ils rencontrent. Ils passent extrêmement vite de la colère à la joie, des pleurs au pardon ou de la peur à la surprise. Bien souvent, nous aussi, nous étions comme eux. Puis l’âge venant, il a fallu se faire accepter et parfois nous nous sommes sentis rejetés. Il a fallu montrer que nous étions capables et parfois nous avons vécu la gaucherie. Il a fallu se faire aimer et parfois nous avons vécu des combats et des ruptures. À chacune de ces expériences désagréables, notre sentiment de bien-être a quelque peu diminué. Plus tard, il a fallu devenir responsable, fonder une famille, travailler avec des collègues, suivre des instructions de chefs, remplir des déclarations d’impôts, payer des factures…

Selon l’intensité de ces pressions, notre bonheur va être plus ou moins impacté. Les fameuses crises de l’adolescence, de la vingtaine, trentaine, quarantaine, cinquantaine vont se manifester. Nous allons languir dans des souffrances et rêver d’un bonheur que nous croyons pouvoir retrouver que si certaines personnes ou certaines circonstances sont rassemblées. Pourtant, nous connaissons tous des « anciens » qui rayonnent de gaieté et de sérénité. Notre bien-être n’est donc pas un processus linéaire. Il évolue en fonction de notre état de conscience. Des enquêtes analysant l’impact de l’âge montrent qu’il sera au plus bas entre 40 et 45 ans. C’est probablement parce que nous sommes, à ces moments-là, le plus engagés dans la société ou dans la famille, avec des enfants adolescents ou post- adolescents. Heureusement, ces recherches indiquent que notre bonheur augmente ensuite. Peut-être est-ce dû à ce qu’on appelle la sagesse ou la prise de conscience ? Ces résultats présentent aussi une diminution du sentiment de bien-être vers la fin de nos vies, due probablement à des problèmes de santé physique.

L’eurobaromètre entre 1975 et 2000 montre que les gens les plus heureux sont âgés de 65 à 70 ans, il reste donc de l’espoir pour une majorité d’entre nous (voir graphique ci-dessus).

Le début du 21ème siècle voit arriver la mode du « droit au bonheur ». Des milliers d’articles, d’ateliers, de conférences, d’émissions et de livres parlent de bien-être. Les dirigeants cherchant à recruter les meilleures ressources pour leurs entreprises vantent combien leurs sociétés rendent leurs employés heureux. Mais une fois intégrées, ces nouvelles forces de travail vont être pressées et mettre en péril leur vie personnelle et familiale. Les spécialistes en marketing et communication regorgent d’astuces pour montrer combien leurs stars de football, tennis, golf, formule 1 ou cinéma sont des gens qui ont réussi. Ils exhibent également combien ces idoles sont épanouies dans leurs relations familiales et jouent un rôle pour notre humanité. Tout ceci jusqu’au jour où un magazine à sensation va dénicher des histoires montrant l’opposé. Les riches retraités des pays industrialisés cherchent finalement un bonheur bien mérité et fuient leur pays d’origine pour s’installer dans des régions plus confortables et plus souriantes. Ce faisant, ils vont trouver des astuces pour diminuer leurs charges fiscales et se retrouver confinés dans des ghettos de plus en plus sécurisés, coûteux et médicalisés.

EST-CE QUE LE BONHEUR ÉGOÏSTE EST SUFFISANT ?

Lorsque nous voulons parler de bonheur, Daniel Kahneman propose de distinguer un Soi qui fait une expérience de bonheur, d’un Soi qui se rappelle ses expériences heureuses. Nous pouvons avoir un degré de plaisir lorsque nous menons certaines actions. La recherche et la littérature savent aujourd’hui proposer de bonnes solutions pour nous faire vivre des moments de bonheur dans le temps. Mais lorsque nous nous intéressons à comprendre la satisfaction que nous avons de notre vie, nous constatons que seul ces moments de bonheur ne suffisent pas. D’ailleurs, une enquête sur plus de 35 000 personnes aux États-Unis, a montré que ceux qui déclarent vivre principalement des émotions positives ne sont pas aussi protégés contre la dépression que ceux qui ont une forte émodiversité – qui éprouvent de nombreuses émotions positives et négatives.

Un dicton de mon enfance m’a souvent interpellé, il s’agit d’un verset de la bible par St Mathieu,« Bienheureux les simples d’esprit », que j’ai toujours interprété comme « les imbéciles sont les plus heureux car ils n’ont pas conscience des réalités et ils ne sont pas responsables de leurs actes ». Aujourd’hui, je comprends mieux ce sermon. L’idée est que ceux qui savent calmer leur mental sont plus heureux. Néanmoins, nous comprenons assez naturellement qu’une quête permanente du bonheur n’est pas réaliste. Que faire de ses émotions désagréables ? Si nous voulons être heureux à chaque instant, nous ne pouvons que les éviter ou les rejeter !

Y A-T-IL DES SITUATIONS OÙ LE BONHEUR EST CONTRE PRODUCTIF ?

 Kira M. Newman, éditrice au  centre californien de recherche«  Greater Good Science Center », explique que les états de bien-être peuvent nuire à la  résolution de nos problèmes, à notre jugement, à notre moralité et à notre empathie. Nous avons besoin de cette gamme d’émotions désagréables pour nous aider à affronter et gérer les défis liés à la survie. Elle décrit trois situations où une attitude trop positive peut nous desservir :

Lorsque nous travaillons sur des tâches où le raisonnement critique est nécessaire
La recherche suggère que les sentiments positifs peuvent nous aider à être plus productifs au travail en général. Surtout pour des tâches où la collaboration et la créativité sont nécessaires. Mais une humeur positive n’est pas propice à la meilleure performance pour certaines tâches analytiques. Imaginons-nous rencontrer notre banquier, qui tout souriant nous annonce des pertes sur notre portefeuille de titres.  Nous risquons rapidement de perdre la confiance en lui, car il ne parait pas sérieux. En effet, plusieurs études ont montré que lorsque nous nous sentons légers, optimistes et simplement heureux, notre capacité à qualifier la priorité des informations que nous recevons diminue. Nous avons également tendance à faire des simplifications et des raccourcis lors de nos évaluations. Ceci va influencer négativement notre aptitude à résoudre des problèmes complexes. Le malheureux, ou celui qui semble préoccupé, va davantage se concentrer et prendre plus de temps pour aller au fond des choses. Il persévèrera, jugera et décidera avec plus de facilité comme nous le verrons plus loin, dans un état d’esprit conditionné. Cela ne veut pas dire que le « bienheureux » n’est pas capable de le faire, mais il devra pour cela s’y investir plus longtemps et plus sérieusement. Ce qui diminuera automatiquement son sentiment de légèreté et de béatitude.

Quand nous voulons juger les gens de façon juste et précise

Peut-être avez remarqué que lorsque nous sommes de bonne humeur, nous apprécions facilement toutes les personnes que nous rencontrons. Alors que lorsque nous sommes de mauvaise humeur, nous arrivons facilement à discerner les comportements inadéquats et à les dire aux personnes concernées avec assurance et avec une argumentation concrète. Les chercheurs croient que c’est parce qu’une humeur négative nous incite à traiter l’information de façon plus détaillée, systématique, et elle nous rend plus enclin à nous rappeler d’autres informations négatives vécues dans le passé.

Quand d’autres essayent de profiter de notre bonté

Lorsque nous exprimons des niveaux élevés de bonheur, nous sommes plus susceptibles d’être des cibles à exploiter. Les bons vendeurs connaissent bien cette stratégie. Ils essayent de nous amadouer en créant d’abord une relation agréable et sympathique, puis ils nous manipulent en demandant de faire de-même afin de leur acheter quelque chose. Ceci me rappelle un voyage au Maroc. Nous visitions les souks et plusieurs marchands nous accostaient assez fermement afin que nous rentrions dans leurs boutiques. Pris par le jeu, nous avons accepté l’invitation d’un marchand de tapis. Il nous a offert du thé, nous a parlé de sa famille, de nos vacances, de nos familles, tout ceci bien assis sur des matelas d’ouvrages pliés. Puis vint la cérémonie de démonstration des carpettes. Malgré nos résistances, nous sommes quand même sortis avec un tapis sous le bras. Une fois rentrés à la maison, nous ne savions pas où le mettre, tellement il était dépareillé avec le reste de notre intérieur.

Marc-Antoine-Tschopp

Marc-Antoine Tschopp
Psychologue Positif
Formateur – Coach – Conférencier
© Mai 2017